les cacher ensuite derrière des faux noms qui les déguisent et en font des types cadre spatial: banal, il est trivial car il est réel Nous tournons par la rue de Seine, Nadja résistant à aller plus loin en ligne droite. Elle est à nouveau très distraite et me dit de suivre sur le ciel un éclair que trace lentement une main. Toujours cette main. Elle me la montre réellement sur une affiche, un peu au-delà de la librairie Dorbon. Il y a bien là, très au-dessus de nous, une main rouge à lindex pointé, vantant je ne sais quoi. Il faut absolument quelle touche cette main, quelle cherche à atteindre en sautant et contre laquelle elle parvient à plaquer la sienne. La main de feu, cest à ton sujet, tu sais, cest toi. Elle reste quelque temps silencieuse, je crois quelle a les larmes aux yeux. Puis, soudain, se plaçant devant moi, marrêtant presque, avec cette manière extraordinaire de mappeler, comme on appelerait quelquun, de salle en salle, dans un château vide : André? André.. Tu écriras un roman sur moi. Je tassure. Ne dis pas non. Prends garde : tout saffaiblit, tout disparaît. De nous, il faut que quelque chose reste.. Mais cela ne fait rien : tu prendras un autre nom : quel nom veux-tu que je te dise, cest très important. Il faut que ce soit un peu le nom du feu, puisque cest toujours le feu qui revient quand il sagit de toi. La main aussi, mais cest moins essentiel que le feu. Ce que je vois, cest une flamme qui part du poignet, comme ceci avec le geste de faire disparaître une carte et qui fait quaussitôt la main brûle, et quelle disparaît en un clin doeil. Tu trouveras un pseudonyme, latin ou arabe Promets. Il le faut. Elle se sert dune nouvelle image pour me faire comprendre comment elle vit : cest comme le matin quand elle se baigne et que son corps séloigne tandis quelle fixe la surface de leau. Je suis la pensée sur le bain dans la pièce sans glaces. ALORS, POUR CONCLURE, UNE QUESTION : NADJA, LUNION LIBRE OU LUNION-LIVRE? Après la pause estivale de 1923, Breton recouvre la fibre lyrique et il fait paraître le 15 novembre 1923 Clair de terre. Parfois, la réalité reproduite contient déjà par elle-même un effet dhumour ou détrangeté. Par exemple, sur la photo de lHôtel des Grands Hommes, on voit au rez-de-chaussée de limmeuble lenseigne de lentreprise de pompes funèbres Henri de Borniol. Exemple dimage recelant lénigmatique : lenseigne du Sphinx-hôtel aujourdhui Hôtel de Suède, qui a attiré Nadja à son arrivée à Paris, semble surdéterminer le mystère. A propos des dessins de Nadja des artistes, comme des hommes supérieurs. Mais la Cet homme coupé en deux par une fenêtre, en effet : Il y a un homme coupé en deux pas une fenêtre, phrase, qui, dit-il, rajoute-t-il, quand elle lui vînt, ne pouvait souffrir déquivoque, accompagnée quelle était de la faible représentation visuelle dun homme marchant et tronçonné à mi-hauteur par une fenêtre perpendiculaire à laxe de son corps. : nest-elle pas à mettre en abyme avec limage qui précède dans Nadja, dans son univers, lentrée du succube Nadja : à savoir lallégorique explosion du pigeonnier-phallus du Manoir dAngo où Breton sétait fantasmatiquement, iconographiquement, réfugié pour écrire : Enfin voici que la tour du Manoir dAngo saute, et que toute une neige de plumes, qui tombe des ses colombes, fond en touchant le sol de la grande cour naguère empierrée de débris de tuiles et maintenant couverte de vrai sang! p. 69? Nest-elle pas à mettre en abyme avec la question récurrente, leitmotiv, obsessionnelle dans Nadja : Qui suis-je? Faut-il plutôt entendre : Que suis-je? Et ce questionnement ne ramène-t-il pas à lindistinction sexuelle qui travaille Breton : quen est-il, en effet, de sa sexuation? tout lidée de famille rentre sous terre! Si jai aimé Toutes les citations proviennent de Bonnet, pages 1517 à 1519.
Elle sen approprie avec des simples phrases ou des véritables tirades à lintérieur des Ce qui caractérise Breton à cet égard, cest la paralysie. On le surprend souvent en pleine régression sadique anale ; au reste, le jouet favori de Breton, cest le phallus, si lon en croit sa stupéfiante collection iconographique. Le corpus iconographique en est sous la forme de symboles psychanalytiques littéralement saturé.
ignore le nom, là, devant une église, aussi bien que par des repères temporels : la Elles ont pour fonction dauthentifier lécrit et den effacer toute logique narrative. Chronologie des années-de établie par Lydie Lachenal, in Philippe Soupault. Littérature et le reste, Gallimard, Paris, 2006, page 322. La créature humaine dans son authenticité parfaite, Un bassin avec jet deau, Jacques-André Boiffard, p. 699.